INTRODUCTION
Depuis
des centaines d'années, la production de denrées agricoles connaît
sans cesse des hausses de rendement de plus en plus importantes,
et plus particulièrement depuis les 50 à 60 dernières années. Cette
augmentation de production s'est faite généralement avec l'aide
de nouvelles technologies comme les rotations des cultures, les
fertilisants, les produits anti-parasitaires, etc... Mais depuis
une dizaine d'années, une nouvelle technologie se veut de plus en
plus importante et de plus en plus prépondérante: les biotechnologies.
Ces biotechnologies sont appelées, au cours du prochain millénaire,
à permettre une augmentation de production de nourriture et ce,
à des coûts plus faibles. Ceci permettra éventuellement de répondre
à deux objectifs majeurs : absorber la hausse de la consommation
appréhendée suite à l'augmentation de la population et demeurer
compétitif sur les marchés mondiaux suite à la libération des marchés.
Une
des biotechnologies majeures qui est destinée aux vaches laitières
a fait son apparition il y a quelques années dans plusieurs pays:
la somatotrophine bovine recombinante. La somatotrophine bovine
recombinante (STBr) est une hormone métabolique naturellement produite
par le lobe antérieur de l'hypophyse. Cette hormone a principalement
une action galactopoïétique donc, elle peut stimuler et soutenir
une lactation déjà établie (Lapierre et al, 1993). Jusqu'à tout
récemment, cette hormone spécifique ne pouvait être produite que
par les bovins laitiers. Mais suite à des percées technologiques,
on peut maintenant synthétiser cette hormone de façon industrielle.
Mais
l'utilisation d'une telle substance sur les animaux suscite énormément
d'inquiétude autant du point de vue de la santé de la population
que de la santé des animaux.
-La composition
ou la qualité du lait est-elle affectée?
-La santé de la
population est-elle en danger?
-La santé de l'animal
traité à la STBr est-elle affectée?
-L'augmentation
de production (de lait) se fait-elle au détriment d'une autre
voie métabolique?
-Quels seront les
effets sur l'environnement?
- …
Voici
donc quelques-unes des principales interrogations que des consommateurs,
des groupes pour la protection des animaux ou de l'environnement,
des producteurs laitiers et ainsi que des étudiants en agronomie
doivent se poser. Ils doivent, de plus, obtenir des réponses claires
et précises provenant de recherches scientifiques rigoureuses. En
testant la STBr, on peut donc mieux connaître les effets secondaires
du produit. Bien que l'on ne puisse établir avec certitude l'innocuité
d'un tel produit, on peut éviter un possible risque pour la population
au meilleur des connaissances scientifiques actuelles. On peut donc
éviter un crise éventuellement désastreuse comme celle que la Grande-Bretagne
connaît présentement avec l'encéphalopathie spongiforme bovine.
Suite
à ces quelques questions soulevées précédemment, une revue des études
effectuées à ce jour s'impose. Le présent rapport veut donc apporter
quelques réponses relatives à l'utilisation de la somatotrophine
bovine recombinante chez les bovins laitiers. Pour ce faire, je
vais débuter en donnant un bref aperçu des découvertes qui ont menés
à la production commerciale de la STBr. Par la suite, j'expliquerai
comment on peut obtenir commercialement un tel produit. Puis, je
vais tenter d'expliquer le plus clairement possible les mécanismes
d'action de la STBr, son mode d'action dans l'organisme dans lequel
l'hormone recombinante est administrée. Je vais aussi discuter des
effets de cette hormone sur les principales voies métaboliques.
En comprenant mieux les effets de cette hormone synthétique sur
le système des bovins laitiers, nous serons en mesure de comprendre
comment la STBr accroît la production laitière chez la vache en
production. De plus, nous pourrons mieux juger de la pertinence
relative à l'utilisation de ce type de technologie.
Il
est important à ce jour (surtout pour nous, futurs agronomes) de
bien connaître les avantages et les désavantages de l'utilisation
d'un tel produit puisqu'une demande d'homologation est présentement
à l'étude pour le Canada. Les pressions sont d'autant plus importantes
que nos voisins du sud, les États-Unis, ont légalisé l'utilisation
de cette hormone de synthèse. On peut donc facilement croire que
cette hormone sera disponible au Canada sous peu. De plus, suite
à la libéralisation des marchés, de la compétitivité de plus en
plus importante entre les producteurs et de la possible levée du
système de gestion de l'offre de l'industrie laitière, cette hormone
pourra avoir un impact non négligeable sur la production et la rentabilité
des fermes laitières canadiennes.
De
plus, ce rapport nous permettra à nous, futurs professionnels, de
nous questionner plus profondément sur les bienfaits des biotechnologies
et de lever de possibles doutes non fondés. En effet, la STBr ouvre
présentement la voie à toute une gamme de nouvelles possibilités
: les plantes cultivées transgéniques, les animaux transgéniques
ou clonés, les hormonothérapies et les thérapies génétiques. Il
est important de nous questionner maintenant puisque de telles technologies
sont à nos portes. Nous serons, en tant qu'agronomes, appelés à
considérer de telles techniques de production. On doit donc, dès
maintenant, nous forger une opinion sur ces questions pour pouvoir
prendre position et apporter des arguments pertinents lorsque l'occasion
se présentera. À l'aide de ces biotechnologies, l'agriculture va
connaître une révolution extraordinaire et ce sera principalement
à nous, les agronomes, d'en contrôler son expression.
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